Un mariage dans l’Auxois

 en juillet 1635

 


Que ce soit au milieu du XVIe ou au XVIIe siècle, les historiens notent que le mariage est une grande fête dans la vie d'une famille paysanne, lorsque tout va bien, qu'il n'y a pas de guerre, de famine ou de peste.

1635 semble être une période calme et prospère à Athie-sous-Moutiers, dans le bailliage de Semur-en-Auxois, où le mariage de Jehan LE SIRE et de Lazare CANAT s'annonce, lors de la signa­ture du contrat le 15 juillet, sous de riants auspices ; le repas panta­gruélique annoncé en fait foi. Les personnes présentes à la signature du contrat peuvent être replacées dans l'histoire de leur famille, pour la plupart depuis 1535 et, pour certaines, en remontant jusqu'en 1413 (1).

L'acte reflète les mœurs sociales et familiales de l'époque et nous avons essayé de les comprendre. Enfin, les aspects économiques du mariage seront étudiés. La con­naissance des mœurs et coutumes de l'époque et du vocabulaire qui s'y rattache permet de lire plus aisément les textes anciens.

 

La famille du futur époux

 

— La famille LE SIRE

Fiacre LE SIRE, meunier au moulin de la Grange-de-l'Homme à Athie, et son fils Jehan, le futur époux, sont  des descendants de Jehan, « subject de l'abbaye » en 1535. Mais déjà, à la cherche de feux de 1460, il y avait un Estienne LE CIRE, serf à Curey, paroisse de Corsaint

On trouve une famille LE SIRE à  Moutiers-Saint-Jean grâce aux actes notariés dont le plus ancien conservé date de 1572. Les deux branches ont gardé des rela­tions : Me Michel LE SIRE, greffier à Moutiers-Saint-Jean, est témoin, le 11 octobre 1574, au mariage de Françoise LE SIRE, fille d'Aulbin LE  SIRE, d'Athie, tandis que le 2 décembre 1583, un Aulbin et un Estienne LE SIRE (frères ?), d'Athie, sont témoins au contrat de ma-

 

Par Pierre CANAT

 

(C.G.C.O.)

 

riage d'Albert cœurderoy avec Philipotte LE SIR,  fille de Me Michel. Une autre Philipotte LE SIRE, et son mari Joseph chapelot, d'Athie, font établir le 22 novembre 1637 un contrat de mariage par Me Charles barbier pour leur fille Jehanne, en présence de Me Pasquier LE SIRE, cousin de la future, bourgeois à Moutiers-Saint-Jean.

Il n'y a plus aucune trace de la  famille LE SIRE sur le registre paroissial de Moutiers-Saint-Jean à  partir de 1633. Par contre, la branche d'Athie subsiste sur les registres du village jusqu'à la Révo­lution : Cassien LE SIRE, tonnelier, est  mort le 10 août 1762 à l'âge de  soixante-quatre ans ; ses fils apparaissent pour la dernière fois au moment de la naissance, de père inconnu, le 9 avril 1783, de Jean-Pierre, fils d'Edmée LE SIRE et  petit-fils de Pierre, également tonnelier, le parrain étant Jean, l'oncle célibataire de l'enfant.

La famille a probablement quitté Athie avant la fin du siècle. On ne connaît aucun descendant au couple uni en 1635.

— La famille boutheroue

C'est la famille d'Athie la plus ancienne de celles qui existaient en 1635. Elle est représentée au mariage de Jehan LE SIRE par sa mère, née Jehanne bouteroue, et par son oncle Pierre, qui signe. En 1413 après un siècle de calamités (guerre, famine et peste), il n'y avait plus que quatre feux à Athie, dont celui de Guillaume BOUTE ROC. En 1460, la population était remontée à quatorze feux, dont ceux de Jehan et Mathé BOUTE ROC.

En 1535, le patronyme avait évolué en bouteroiches, ce qui ne change pas sa signification, « roiche » étant l'orthographe an­cienne de roche. Ils étaient deux : Claudon et Esmon. Ce dernier res­tait seul à la cherche de feux de 1543.

Notre période « historique » à Athie, celle où les actes des no­taires nous permettent de suivre la famille, débute par le mariage, le 4 janvier 1569, de Jehan bouthe­roiche le jeune et de Jehanne calliere. Le couple apparaît ensuite le 12 janvier 1575 dans l'acte de partage des biens du père Esmé (qui est sans doute notre Esmond de 1543), « considé­rant sa vieillesse, ne pouvant plus régir et gouverner ses (héritages qui) tombent en friches et ruyne ». Les autres héritiers sont établis à Moutiers, à Semur et à Fains.

Au cours dles années suivantes, Jehan le jeune et sa femme Jehanne callière apparaissent seuls à Athie.

Les bouteroue de la géné­ration suivante à Athie, Jehanne, femme de Fiacre LE SIRE, et Pierre, peuvent être considérés comme leurs descendants.

Des actes de 1575 à 1591 nous donnent une idée de la com­position et de l'aspect du meix d'Esmé bouteroiche. Il y avait quatre maisons couvertes de lave et de paille à un, deux ou trois « tirandz » (2). Dans l'une, à trois tirandz, la chambre du milieu était en l'état de masure. Une autre à ung tirand couverte de lave a été louée en 1591, avec une petite « espendize, une haste de preau et une petite pièce de cortil », « à tiltre de cense annuelle et perpé- tuelle » à Jehan le jeune. Il y avait aussi un moulin à cheval et un autre cortil donné en 1575 à Jehan le jeune par son frère Michel, de Semur.

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(1) Le C.G.C.O. publiera prochaine­ment un relevé de divers actes qui permet de suivre l'évolution généa­logique de nombreuses familles de la région de Moutiers-Saint-Jean, dans l'Auxois, aux XVIe et XVIIe siècles.

(2) Le « tirand » correspond à la portée des poutres chargées de main­tenir l'écartement entre les murs. Il y a souvent une seule pièce d'habitation par tirand ; quand il y en deux, elles doivent être petites.

L'oncle Pierre, et sa femme Pierrette philipot, avaient quatre enfants : Brigide et Jehanne ma­riées en 1638 et 1639, Claude et François. Ce dernier avait un fils, Jean, qui, veuf de Brigide CANAT-doré, s'est remarié:  « Le neuf­viesme juillet mil six centz soixante et unze, Jean Bouteroux d'Athie fut en fasse de Sainte Eglise espousé avec Brigide Canat, fille de Pierre Canat vigneron demeurant à Se­nailly et de Chrestienne Gaillot appres avoir obtenu toutes les solemnités mise en tel cas et en suitte de leur dispense d'affinité par eux obtenue; (...) et ledict Bou­teroux estant avec ladicte Canat soubz la nappe a déclaré que ce dont estoit encinte ladicte Canat provenoit de ses œuvres ».

« Ce dont » s'est appelé Edmé. Sa petite-fille Marguerite, femme de François GRASSOT, vigneron, est la dernière descendante agna­tique de Guillaume BOUTE ROC figurant à l'état-civil d'Athie, lors de son décès le 5 janvier 1820. Michel lhuillier, actuel maire d'Athie, est aussi de la postérité d'Edmé.

 

La famille

de la future épouse

 

— La famille CANAT

Les CANAT apparaissent à Athie pour la première fois le 9 avril 1535. Lors de l'établissement du con­trat d'affranchissement, un Jacob CANAT, « subject de l'Abbaye », absent, était représenté par Tous­sainctz DURANT. Il est le seul CA­NAT cité, mais il y avait aussi Jehan et Regnié, qui n'étaient donc pas parmi les principaux habitants.

Les paysans étaient soumis jus­qu'alors à la mainmorte, servitude particulièrement sévère à la mort du tenancier. Le mainmortable ne peut tester sans le consentement du seigneur et son héritage ne peut aller qu'à une personne de sa condition, demeurant avec lui en communion de biens (3), donc copropriétaire d'une unité de vie et d'exploitation, avec les bâti­ments, le courtil et souvent la che­nevière regroupés au village (c'est le meix), et les terres, vignes et prés au finage.

A la cherche de feux de 1543, Jacob apparaît encore seul avec la veuve de Regnié CANAT ; la mainmorte disparue, subsistait le mode de répartition de la taille par feu. Le feu commun est un moyen de diminuer le poids de la taille et des charges seigneuriales sou­vent établies sur lui ; pour éviter les charges, on s'associe : le père, le fils marié et le gendre, avec femmes et enfants, résident sous le même toit, au même «  feu, pot et sel » ; des frères se mettent en communion. Seul le chef de famille figure alors sur les documents fiscaux.

Les actes notariés nous appren­nent, qu'il existe à Athie à partir de 1570 deux fratries héritières, l'une de Jacob, l'autre de gros Jehan marié à Françoise DURANT.

Ces derniers sont les bisaïeux de Lazare CANAT dont le contrat de mariage est établi en la mai­son de son père, Simon CANAT le jeune, laboureur, en présence de Jehanne GELIN, la mère. Ce couple aura sainte Catherine la­bouré dans sa descendance.

Un acte du 12 janvier 1575 nous apprend qu'il y a au « mex de gros Jehan une maison couverte de lave, ung cortil, ung preaux, une chenevière et une grange » et que gros Jehan avait « ung autre mex audict Athies couverte de lave ».

Un acte du 11 mai 1578 montre qu'il y avait en outre au mex de gros Jehan « une maison conte­nant deux chambres à ung tirand seulement, couverte de lave avec une masure joignant ».

Au début du XVIIe siècle, il exis­tait aussi des CANAT à Vassy, à Moutiers-Saint-Jean et à Montbard. On trouve à Moutiers, vers 1570, deux frères, Jehan et Christoffle, probablement fils de Jacob qui a eu cinq héritiers, dont deux filles seulement ont été identifiées, ou de Regnié. Le Frère PAUL, moine à  l'abbaye et prieur de Sainte-Magnance dans la période 1606-1635, semble être le fils de Jehan.

En 1565, il y avait un Guillaume CANAT à Vassy-sous-Pisy (4) : le 13  novembre 1596, un Guillaume CANAT apparaît comme proprié­taire mitoyen à Athie dans un échange entre Jehan CANAT et François FION.

A Montbard, une famille CANAT apparaît de 1615 à 1644. Elle est probablement établie là depuis longtemps car, le 2 juillet 1644, Jacques CANAT, qui semble en être le chef ou tout au moins l'aîné, est un notable, échevin et garde des évangiles ; il semble y avoir des liens avec les CANAT d'Athie.

— La famille GELIN d'Athie

Les deux GELIN présents au mariage de Lazare CANAT sont sa mère, Jehanne, fille d'Aulbert et de Jehanne CORNOTTE, et Georges. Les premiers GELIN rencontrés à Athie en 1573 sont Aulbert et quatre de ses enfants, dont Georges, Jehanne ne semblant pas encore née ; Chrestien, frère d'Aulbert, réside à Viserny et c'est là que la cherche de feux de 1460 recense un Ginot GELIN. Georges, encore témoin à un mariage en 1638, peut être l'oncle de Lazare né vers 1565 d'un premier mariage d'Aulbert avec Bénisotte FYON, dont la lon­gévité serait alors remarquable, ou un cousin fils de cet oncle.

Les actes notariés ne nous apprennent rien sur le patrimoine des GELIN. Il y a encore des GELIN à Athie au milieu du XIXe siècle : Claude, célibataire, décédé le 21  octobre 1848 ; Jean, vigneron, qui a épousé Joséphine CANAT le 2 juin 1840 et dont le dernier enfant connu est né en 1856.

Il n'y a plus de GELIN sur le registre paroissial des mariages de Viserny après celui de Brigide GELIN, le 10 octobre 1713, sauf le remariage d'Edmé GELIN originaire d'Athie, le 2 juillet 1742.

 

Les témoins présents

à la signature du contrat

 

— Pierre cœurderoy

« Noble Pierre Cœurdero (5), ad(vo)cat ez Parl(ement), Bailly  du Marquisat d'Espoisses de­m(eurant) à Semeur », qui signe comme   témoin   le   contrat   de mariage de Jehan LE SIRE et de Lazare CANAT, le 15 juillet 1635, est  le père d'Adrienne, née le 18  août 1632 à Moutiers, et dont le parrain est « Noble Pierre cœur­deroy, Procureur fiscal es terres de Moustier Sainct Jehan ». Ce dernier ———————

(3) Pierre de SAINT-JACOB, Les pay­sans de la Bourgogne du Nord au dernier siècle de l'Ancien Régime, Rennes, A.H.S.R., 1995, p. 39.

(4) Archives de l'Yonne, 1 J 148 ; Re­cherches de l’association Rencontres dans le Désert, 1993

(5) Les éléments biographiques sont tirés d'une étude de Daniel GOIMARD, « Anciennes notabilités réômoises », Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de Semur-en-Auxois et des Fouilles d'Alésia, tome 1, fasc. 2, 1988, pages 15 à 23. Les élé­ments généalogiques indiqués par l'auteur ont été confrontés aux recher­ches faites dans les registres des notaires de 1543 à 1639 ; celles-ci modi­fient le tableau généalogique qui avait été établi par Daniel goimard, Albert étant le frère de François, et non son fils.

est le fils de François CŒURDEROY et d'Elizabeth vernot, le petit-fils de Pierre et d'Anne Claudine mar­geret, et le neveu d'Albert, tous notaires à Moutiers dont on trouve la trace de 1569 à 1601.

Un Me cœurderoy, établit le  contrat de mariage de Jehan boutheroiche et de Jeanne callière, d'Athie-sous-Moutiers, le 4 janvier 1569 (6) : c'est peut-être Pierre, ou l'un de ses fils. Est-ce le même Pierre cœurderoy, habi­tant Saint-Just, qui était lieutenant du bailliage au moment de sa mort,  le 10 octobre 1569 ? C'est probable car le fils aîné, François, occupe cette fonction en 1583.

L'oncle Albert, mari de Philipotte LE SIRE, a eu notamment un fils, Jehan, maître particulier des Eaux et Forêts, puis contrôleur des deniers royaux, marié à Anne bureteur. Leur fils, Jean, né le 25 août 1627, était avocat en 1648 lorsqu'il s'est marié avec Françoise vaussin, fille de feu Jehan, sei­gneur du fief de Prèle, à Corsaint. Très pieux et généreux, il participa à de nombreuses œuvres chari­tables. Il s'est retiré à Moutiers en 1684, où il mourut lors du terrible hiver, le 6 mars 1709. Nous pouvons encore admirer aujourd'hui à Mou­tiers un merveilleux jardin qu'il y fit aménager.

Pierre CŒURDEROY, procureur fiscal, fils de François CŒURDE­ROY, avait pour épouse Jehanne, fille de Me Claude vernot, notaire. On leur connaît deux enfants, François, né le 17 juillet 1612, et Claudine, née le 31 janvier 1616.

Pierre, le père du nouveau-né de 1632, pourrait être aussi le fils du premier. Dans ce cas il serait le cousin par alliance de Lazare, dont une sœur est mariée à un Claude vernot (cf. infra).

Faute de preuve de la filiation entre les deux Pierre, on ne peut pas écarter l'hypothèse que le témoin de Lazare était originaire de Vassy. Les cœurderoy ap­paraissent en 1505 à Vassy, près de Moutiers-Saint-Jean (Sympho­rien et Jeannette), puis en 1565 (Pierre, Jehan, Ligiet), parmi les principaux habitants du lieu (7).

Le 30 avril 1543, S. cœurderoy, greffier, expédie le contrat d'af­franchissement des habitants de Sincey-le-Rouvray « scellé de cire verte à queue de parchemin pan­dant » (8). Le 22 décembre 1553, Pierre cœurderoy, notaire, éta­blit un acte de vente d'une grange sise à Bierry (9).

On trouve encore, de 1574 à 1581, dans les actes passés à Moutiers, notamment : François, notaire à Vassy, témoin au ma­riage de Joseph poillot et de Jehanne FION, d'Athie, le 26 avril 1574 ; Pierre, mari de Marguerite jaillard, et son fils, Guillaume, mari de Pierrette raisson, qui participent à des échanges ; Tho­mas, preneur de biens apparte­nant aux cœurderoy de Moutiers dans un bail de 1579.

— Nicolas CORNEAU

Nicolas CORNEAU, vigneron, époux de Reine brocquard, est décédé à Athie le 4 septembre 1675 à l'âge de soixante-dix ans ; il s'est probablement marié vers 1635. Lorsqu'il est témoin au ma­riage de Lazare CANAT, c'est un nouveau venu, son patronyme et celui de sa femme étaient incon­nus à Athie et dans les villages voisins avant 1635, mais sa pré­sence s'explique par ses liens avec la famille MELOT, l'une des plus vieilles d'Athie.

L'ancêtre Jehan MELOT, est pré­sent en 1535 lors de l'affranchis­sement du village. L'arrivée de Nicolas corneau et de Reine brocquard à Athie coïncide avec les mariages d'Urbain et Pierrette brocquard avec res­pectivement Jeanne et Jean MELOT

— Me Louis fillotte

Me Louis fillotte est la per­sonnalité la plus surprenante parmi toutes celles qui sont présentes à la signature du contrat. Il est « procu­reur du roy au grenier à scel de Montbard ». Le grenier à sel était l'ancienne juridiction où l'on jugeait en première instance les matières regardant la gabelle, la ferme du sel. Le procureur était chargé des intérêts du roi dans le ressort de la juridiction.

Le relevé des naissances de Montbard-Crépand de 1609-1632 nous apprend qu'il était marié à Jehanne blaisot ; or le grenetier pour le roi (le grenier à sel doit alors être pris dans son acception de magasin où est entreposé et débité le sel), se nomme Jehan blaisot en 1623. Le parrain de son fils Loys, baptisé le 19 mai 1630, est le fils de François de laplume, escuyer, seigneur de Missery.

Le 22 février 1610 à Moutiers, une Jehanne vernot, femme de Mon­seigneur de laplume, est marraine d'une fille de Me Pierre vernot, greffier, fils du notaire. 

A Montbard, Me Jacques CA­NAT est l'une des notabilités de la ville : le 13 décembre 1631, il est le  parrain de Jacques, fils de Me Jacques bigarne et de Marie mouchinet ; le 2 juillet 1644, il est échevin et garde des évangiles tandis qu'un Jacques bigarne est échevin, un autre est procureur syndic, et que Nicolas bigarne est fermier de l'octroi.

Guillaume CANAT agit au nom du parrain, Hugues milletot, « pro­cureur es cour royalle de Semeur », le 2 mai 1615, au baptême d'Hu­gues garnier, fils de Hyérémie et Marie CANAT ; Me Jacques CANAT est le parrain de Jacques gar­nier, baptisé le 23 août 1622. Guillaume et Marie pourraient être les enfants, ou le frère et la sœur, de Me Jacques CANAT. La ques­tion se pose de savoir si la pré­sence à Athie le 15 juillet 1635 de Me Louis fillotte est la consé­quence de ses relations avec les CANAT de Montbard ; auquel cas ceux-ci auraient leurs origines à Athie.

— Claude SIMONOT

On trouve la famille SIMONOT installée à Athie en 1535, en même temps que les CANAT, avec Guiot simonnot, qui est le bisaïeul du témoin au mariage de Lazare CANAT, Claude SIMONOT. Ce dernier, né vers 1575, s'est marié le 23 novembre 1600 avec Marie DESCHIENS dont la mère était Marguerite CANAT. Il est donc de la famille. En outre, il est né dans un meix mitoyen de celui des CANAT et il y vit probablement encore en 1635.

— Cassien THELLOT

La cherche de feux de 1460 recense des THELLOT serfs : à Thivauche, paroisse de Corsaint, les hoirs de Joachim THELOT, et à Athie,   Perrenot   THELOT.   On   en ———————

(6) Suivant la quittance de la dot établie le 11 janvier 1581, Me Claude VERNOT, A.D., E 2603, p. 226.

(7) Archives de l'Yonne, 1 J 148 ; Re­cherches de l’association Rencontres dans le désert, 1993.

(8) Joseph GARNIER Chartes de com­munes et d’affranchissement en Bour­gogne, Dijon, Darantière, 1877, tome 3, p. 86.

(9) La référence à cet acte figure dans la confirmation de la vente éta­blie le 9 juillet 1580 par Me Claude ver­not,  ibidem, p. 215.

(10)  Joseph garnier, ibidem, p. 45, 81 et 85.

trouve ensuite dans des contrats d'affranchissement (10) : celui du 29 janvier 1521, concernant les habitants de Menestreux-sous-Pisy où Jean tenlot, de Corsaint, est témoin ; celui du 9 avril 1535 où Jehan THELOT dit Gorroyer, prêtre, son frère Cassien, et Jacob theu­lot sont « subjects de l'abbaye à Athie ». Mais c'est un Pierre theul­lot ou THELLOT, notaire à Moutiers, qui rédige celui des habitants de Sincey-le-Rouvray, le 30 avril 1543.

Les THELLOT ont donné d'autres prêtres à l'Eglise au XVIe siècle: Charles vers 1575 et Jehan vingt ans plus tard. Le premier est vicaire à Fain-lès-Moutiers le 19 octobre 1578 ; il est probablement origi­naire  d'Athie, car un Charles, de­meurant à Athie, signe un acte le 30 avril 1574 comme témoin. Jean THELLOT est le prêtre d'Athie qui, le 11 août 1596, est témoin lors de l'établissement du contrat de ma­riage de Simon CANAT et de Jehanne gelin, parents de Lazare.

Dès 1575, il existe de nombreux liens entre les CANAT et les THEU­LOT d'Athie ou de Thivauche. Cas­sien THELOT, témoin au mariage de Lazare CANAT, est un habitant d'Athie qui, selon un acte du 16 juin 1597, est le fils de feu Cassien, lui-même ne pouvant être que le fils de l'un des deux taillables recen­sés en 1543, Cassien et Jehan.

Trois ans après le mariage de Lazare CANAT, ses frères Urbain et Fiacre épouseront deux filles de Cassien THELOT, Claudine et Hu­berte. Un autre frère, Jehan, avait déjà pour épouse une Jehanne THEULOT. Il s'agit proba­blement de la fille de Claude qui effectue un échange avec Cassien THELOT le 14 juin 1621. Jehanne serait alors une cousine de ses belles-sœurs, germaine ou issue de germain. Sainte Catherine labouré est aussi  issue de cette famille THEU­LOT d'Athie, par l'intermédiaire de Jehan CANAT et Jehanne THEU­LOT.

— Claude VERNOT

Claude VERNOT, témoin qui signe le contrat de mariage de Lazare CANAT, a également si­gné, le 4 juillet 1638, à Senailly, celui de son frère Simon CANAT. Il est alors désigné comme étant le beau-frère du jeune marié. Le pre­mier VERNOT connu est Monin, serf sans cote à Moutiers-Saint-Jean en 1460.

La plupart des VERNOT du XVIe  siècle avaient beaucoup progressé dans l'échelle sociale. Me Hanry VERNOT, sergent royal, est décédé à Moutiers vers 1579. Noble Ysac VERNOT, archer, pré­sent de 1574 à 1620 sur les registres des notaires ou de la paroisse, a eu un fils, Michel, qui a épousé Françoise de CIEN. Me Jacques VERNOT, secrétaire, témoin dans des actes de 1575 à 1583 ; appa­raît ensuite, dans un acte établi par Me   Claude VERNOT le 4 février 1590, lui et « Chrestienne Cameau sa femme, d'une part, Claude Vernot fils germin dudict Jacques, d'autre part ».

Ce Claude, majeur en 1590, paraît bien vieux en 1635 pour être l'époux d'une fille née vers 1605. Me Claude VERNOT, notaire, avait lui aussi un fils Claude, né le 29 novembre 1605 ; il aurait l'âge requis mais paraît bien riche pour choisir une fille de petit laboureur

Une autre famille de Moutiers est  révélée par les actes de Me  Claude VERNOT dès 1574 : Claude VERNOT « lesney », qui ne sait pas signer, marié à Marguerite BOUCHARD, laquelle est originaire d'une famille de riches laboureurs (son père, Pierre, a droit au titre de Maistre) de Fain-lès-Moutiers. Le beau-frère de Lazare, dont le fils Claude, décédé à Athie le 29 jan­vier 1705 à l'âge de soixante-dix ans, était vigneron, est probable­ment originaire de cette famille de Moutiers, la moins huppée de la descendance VERNOT.

— Les autres témoins

Les autres témoins sont : Nicolas RAVIER, de Senailly, Me Pierre OU­DARD, recteur d'école à Moutiers-Saint-Jean, et Me François GODI­NOT, vicaire d'Athie. Les RAVIER et les CANAT sont restés en relation durablement car un neveu de Lazare, Claude, se mariera vingt ans plus tard avec une Brigide RAVIER, ce couple étant aussi dans  l'ascendance de Catherine labouré.

 

Les clauses

du contrat de mariage

 

Le contrat de mariage est à cette époque la traduction juri­dique d'un accord entre deux familles, qui détermine non seule­ment le régime matrimonial appli­qué, mais aussi la place et les droits du futur couple dans l'une et l'autre des familles et, parfois, les droits successoraux des futurs époux.

La dépendance juridique des futurs époux à leur famille, et des mères à leur mari, apparaît dès l'exposé des parties contrac­tantes : « Ont comparus en leur personnes les parties ci après déclarée, c'est ascavoir, Fiacre Le  Sire, mugnier demeurant au moulin de la grange de l'Homme, Jehanne Bouteroue sa femme et Jehan Le Sire leur fils, lesdictz Bouteroue et Le Sire fils de l'auctorité dudict Fiacre Le Sire, leurs mary et père d'une part.» Même dans le cas du mariage d'un orphelin majeur avec une veuve, une formule de dépen­dance est utilisée : « Joseph Cha­pelot, majeur uzant de ses droictz d'une part ; Elizabeth Courtois, veuve de feu François Carré (...) lesquelles parties ainsy compa­rente, des advis, consentement et auctorité de leurs parans et amis ».

Toutes les clauses sont liées entre elles, implicitement et quel­quefois expressément par la for­mule introductive : « En faveur du­quel futeur mariage, qui autrement nust esté acordé ».

Dans certains cas la situation est compliquée, par exemple lorsque la mère de l'un des futurs est veuve et qu'elle a encore à charge des enfants mi­neurs, ou lorsqu'il s'agit d'un double ou triple mariage. En l'occurence, c'est la plupart du temps le mariage de frères et sœurs ; mais on trouve aussi des parents veufs qui se remarient en même temps que leurs enfants.

C'est ainsi que les grands-parents de Lazare, Jehan CANAT, veuf de Reine FION, et Jehanne cornotte, veuve d'Aulbert GELIN, ont arrêté les clauses de leur remariage dans le même contrat qui règle le mariage de leurs enfants, Simon CANAT le jeune et Jehanne GELIN, le 11 août 1596, ce qui leur a permis de fixer les con­ditions de la cohabitation des deux couples : il est revenu à Simon et Jehanne, qui avait pourtant un frère et quatre sœurs, la charge d'as­surer une fin de vie correcte à leurs parents. Simon avait aussi deux sœurs, Jehanne et Marie, sur les­quelles il semble que le père ne pouvait compter car Marie était, vers 1600, prisonnière du vice-bailly à Semur (pour dettes ?).

 

Le régime matrimonial

 

L'article II du titre IV de la Cou­tume du duché de Bourgogne sti­pule : « Femme mariée en Duché de Bourgogne selon la générale Coutume du Duché est partici­pante avec son mari pour la moitié de tous meubles et acquêts faits constant le mariage de sondit mari et d'elle (11) ». C'est la commu­nauté coutumière à laquelle on peut déroger par contrat de ma­riage, lequel doit être établi avant la célébration du mariage, qui prend effet à sa dissolution par la mort de l'un des époux, et qui peut prévoir, selon de PRINGLES :

1 Qu'il n'y aura pas entre eux communauté de meubles ni d'ac­quêts ;

2. Ou qu'ils seront communs en tous biens meubles et immeubles, anciens, acquêts ou autres pré­sents et advenir ;

3. Ou bien qu'ils ne seront com­muns, sinon en meubles, et non aux acquêts, ou aux acquêts et non aux meubles ; ou bien en autre portion, que meubles et acquêts, moindre que la moitié.

Quand un contrat de mariage est silencieux en ce qui concerne le régime matrimonial, le régime de la communion coutumière s'ap­plique. D'une manière générale, selon la formule que le notaire fait souvent figurer dans ses actes : « Le surplus du présent contract (ou traicté) de poinctz non exprimés si  dessus demeure réglez suivant la Coustume de ce Duché de Borgogne ».

La situation le plus souvent rencontrée est celle d'un régime plus favorable à l'époux survivant que celui de la communion cou­tumière, régime souvent défini par la formule suivante : « En faveur duquel futeur mariage lesdictz futeurs mariés seront en union et comunion de tous biens meubles, immeubles, acquestz et conquestz générallement quelconque ». La formule retenue dans le contrat étudié est plus succinte mais emporte les mêmes conséquen­ces : « Seront lesdictz futeures en comunion de tous biens ».

 

Les engagements

du côté Le Sire

 

La place du futur couple

En général, un nouveau couple entre dans une famille, celle du mari ou celle de la femme. Au cas particulier, signe que le début du siècle ne lui avait pas été défa­vorable, la famille Simon CANAT est au complet avec les parents et six enfants vivants, tous mariés ou sur le point de l'être, sur la dizaine qui a dû naître à partir de 1597.

La famille Fiacre LE SIRE, d'Athie, semble plus restreinte, le futur époux étant le seul enfant connu. C'est donc logiquement que Lazare CANAT entre dans la famille de son époux, moins encombrée que la sienne : « En faveur et con­sidération duquel mariage ledict Fiacre Le Sire et ladicte Bouteroue sa femme affilie et associe en leur maison et comunion ledict Jehan Le Sire leurs filz et ladicte Lazare Canat pour y prendre part esgalle avec eux en tous leurs biens et leurs succéder le cas arrivant seulz et par reste ». Ces derniers mots con­firment que Jehan est l'unique héri­tier légitime.

Survivance du Moyen-âge, l'af­filiation  est une espèce d'adoption dont l'effet principal était de don­ner à l'affilié le droit de succéder aux biens de l'affiliant. Cette dis­position permettra à Lazare de succéder à ses beaux-parents en qualité de fille adoptive, ce qui deviendrait important si son mari venait à disparaître avant ses parents et elle-même.

— Le douaire

Le douaire était, en droit ancien, la portion de biens du mari revenant à son épouse, au décès de celui-ci. Le contrat de mariage étudié prévoit que « des héritages du prémourant douera ladicte future le cas y eschéant suivant la Coustume ».

L'article VI du titre IV de la Coutume prescrit que : « Le mari mort, femme mariée selon la Cou­tume du Duché de Bourgogne est douée, après le trépas de son mari, sur la moitié des héritages anciens de sondit mari, dont il est mort vêtu et saisi, pour en jouir sa vie durant, et supporter la moitié de toutes charges réelles, à cause de sondit douaire. Et sera tenue de maintenir en bon et convenable état les biens de sondit douaire ».

Il existe aussi un douaire con­ventionnel établi par traité de mariage, dit divis ou préfix, mais, selon l'article VIII, il ne peut être supérieur au douaire coutumier auquel il serait automatiquement réduit si cette règle n'avait pas été respectée.

Les douaires divis rencontrés dans divers contrats étudiés sont fixés à un montant relativement faible : de 10 à 40 livres. Pour éviter le risque de réduction, le mari qui  constitue un douaire divis fait inscrire au contrat qu'au cas où il excéderait le coutumier, il lui en fait donation pure et simple.

— La donation

Cependant, l'article VII du titre IV interdit au mari de faire donation ou  testament en faveur de son épouse si cette possibilité n'a pas été prévue au contrat de mariage. C'est la raison pour laquelle on trouve souvent une clause de pré­caution, comme celle figurant au contrat LE SIRE-CANAT : « Et se sont réservés le pouvoir de faire tous contractz et actes entre vifs ou à cause de mort». Une autre clause : « Arrivant la dissolution de ladicte comunion le survivant aura sa chambre garnie ou pour icelle la somme de trente livres, au choix », semble relever du même désir d'éviter au conjoint survivant tout litige avec les héritiers du mourant.

— Les bagues et joyaux

littré donnait encore au siècle dernier une définition juridique de l'expression : « les pierreries, perles, chaînes et parures de métaux précieux et autres semblables objets de prix qui appartiennent à une mariée, et que son contrat de mariage lui donne le droit de reprendre après la mort de son mari ».

La rédaction des contrats du XVIIe siècle montre que c'est le futur époux qui s'engage à donner des bijoux à sa future épouse pour une somme déterminée : « Sera enjouellé ladicte future de bagues et joyaux par son futeur jusque à la somme de cent sol » (soit 5 livres ; mariage de Joseph chapelot et d'Elizabeth courtois). Quant à Lazare « sera enjouelée ladicte future à une fois jusques à la somme de quinze livres qui luy seront propres ».

Le montant le plus élevé relevé est celui promis par Paul mortinet : 20 livres. Le plus faible est accordé à sa future par un vigneron de Bard-lès-Epoisses en 1639 : 3 livres ; son douaire divis est également faible : 6 livres. Les intérêts de la future, orpheline de père et mère, n'ont peut-être pas été bien défendus par son beau-père et  son frère de l'autorité desquels elle dépendait.

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(11) La Coutume du duché de Bour­gogne enrichie des remarques de Maîtres Philippe de Villiers, Jean de Pringles et Jean Guillaume, anciens avocats au Parlement de Dijon, Dijon, Antoine de Fay imprimeur, 1717.

Les engagements

du côté Canat

— La dot de Lazare

« Moyennant quoy [l'adoption de Lazare par ses beaux-parents] aussy lesdictz Canat et Gelin sa femme de ladicte auctorité ont constitué dot à ladicte Lazare Canat leur filles de trois centz livres payable en une pièce de vignes size en Chasé, finage dudict Athie contenant environ sept ouvrées estimés deux cents livres et pour parfaire ladicte somme de trois centz livres lesdictz Canat et Gelin sa femme payeront ausdictz futeures mariés la somme de cent livres à trois termes esgaulx à mesme jour que ce jour d'huy d'an en an, et d'autant que ladicte vigne est chargée de dix solz de cense à demoizelle Boier, lesdictz payeront leur cense annuellement. (...) Soubz le bénéfice de laquelle dot ladicte Lazare Canat, de l'auctorité dudict Le Sire son mary, a renoncé à tous droictz successifs desdictz Canat et Gelin ses père et mère ».

Le montant de la dot soutient la comparaison avec celui d'autres dots ou de parts d'héritages de la même époque, dans le même milieu de petits laboureurs.

Le 5 mai 1633, Joseph CHAPE­LOT fait établir son contrat de mariage avec Elizabeth COURTOIS (ils seront aussi des aïeux de Catherine labouré) : il apporte ses droits échus provenant de la succession de ses parents décé­dés, 140 livres, plus « les fruitz qui sont de présent pendant par les racines en deux journelz de terre emblavés d'orge » ; sa cousine Jehanne reçoit en dot la somme de 300 livres le 22 novembre 1637, mais elle renonce aussi à tous ses   droits successifs ; le 8 no­vembre 1635, Paul MORTINET enre­gistre la promesse faite par son oncle et parrain, le Frère Paul CANAT, moine à Moutiers, de lui verser 200 livres, tandis que sa future reçoit 60 livres ; dans un autre contrat, la future reçoit en apa­nage (donc, selon littré, en re­nonçant à la succession pater­nelle) 3 ouvrées de vignes et 2 hastes de terre. Autres compa­raisons : le revenu annuel d'un petit curé de campagne était de 300 livres et celui d'un manouvrier de 100 livres (12) ; en 1656, Jehan cœurderoy, contrôleur des de­niers royaux, achète pour son fils la charge de cinquième président aux requêtes du Parlement de Dijon, pour 80.000 livres.

On voit bien là la distance qui sépare, au niveau de la fortune, une famille qui était encore serve un siècle plus tôt d'une autre dont les membres exerçaient déjà en 1543 une profession libérale. Et pourtant elles ne s'ignoraient pas et  parfois même s'alliaient : vers 1710, un Jean descendant de Simon CANAT et Jehanne GELIN, était le mari d'une Jeanne cœur­deroy (13).

On peut aussi constater que la famille CANAT avait peu de liqui­dités puisqu'il a fallu prévoir un délai de trois ans pour le règlement de 100 livres. Elle avait peu de terres en pleine propriété ; la vigne de la  dot appartenait à une dame BOYER. Simon CANAT était titulaire d'un bail à rente annuelle et per­pétuelle, cessible, et prévoyant le versement d'une redevance en argent — le cens — dont le coût réel diminuait en proportion de l'érosion monétaire. Ce type de bail, apportant une grande sécu­rité au locataire, constituait une valeur foncière recherchée.

— Le « troussel » de Lazare

Le notaire se contente d'indi­quer que Lazare sera entrousselée convenablement, ce qui dénote une grande confiance entre les parties. Le contrat de Jehanne CHAPELOT, déjà cité, nous montre ce que peut être un trousseau convenable : « Outre lesquelz de­niers [une dot de 300 livres], ils luy ont promis donner son troussel le lendemain de la consommation dudict mariage, qui concistera en ung lict garny de coette, cuissin, custode, ciel, dociel et la courtine de thoille, la couverte de boge ralle et ung autre de trailly, une dou­zenne de lincieux, une douzenne de serviette, quatre napes, le tout en thoille de plain, ung coffre de bois de chaisne ferré et fermant à clef, une mère vache de l'eage de trois ans, quatre aulne de drap et avec ces habitz servant à sa personne (...) donneront ses habitz qu'elle a de présent avec son linge ».

— Le festin nuptial

C'est le seul des contrats étudiés où il est question du repas de noces. On sait que, généralement, il se fait à frais communs et que les invités eux-mêmes apportent leur contribution. Ici, il est précisé que « pour le festin nuptial, ce sera fet au fraictz dudict Fiacre Le Sire ».

Un meunier est beaucoup plus aisé qu'un petit laboureur; en outre, avec sa farine, il peut pour­voir à une bonne partie des plats et desserts confectionnés la veille et  le matin des noces par une cohorte d'accortes Bourguignon­nes. Cependant, il est prévu que « ledict Simon Canat et Gelin sa femme fourniront pour parties des fraictz deux bichets froment, ung demy muid de vin  — celui du côteau de Chasey, sur la rive droite de l'Armançon, là où est située la vigne donnée en dot à Lazare (14), était particulièrement réputé, — deux brebis et leurs sui­vantz (15), une ruche à mouches. » On peut en déduire que le meunier fournira la volaille, la viande de bœuf et de porc, les poissons, les légumes et la rémunération de la main-d'œuvre, sans oublier celle des musiciens.

 

Conclusion

 

L'étude d'un contrat de mariage permet de découvrir les liens de sociabilité qui existent dans un village entre ses habitants et le monde extérieur. Pour la période tout juste antérieure aux registres paroissiaux, elle est le principal moyen de remonter le temps.

Mais la reconstitution d'une gé­néalogie la plus complète possible sera rendue accessible par le relevé systématique de tous les actes notariés, une simple vente apportant souvent de précieux éléments. En font foi les arbres généalogiques reproduits pour quelques familles à la fin du relevé d'actes de toutes natures établis par des notaires de Moutiers-Saint-Jean pour la période 1569-1640 (qui sera publié prochainement par le C.G.C.O.), concernant des habi­tants de villages situés actuelle­ment des deux côtés de la frontière entre la Côte-d'Or et l'Yonne.

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(12) Pierre GOUBERT, La vie quo­tidienne des paysans français au XVIIe siècle, Paris, Hachette édit., 1982, p. 154.

(13) Daniel GOIMARD, « Les ancêtres de Catherine Labouré », Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de Semur-en-Auxois et des fouilles d’Alésia, tome V, fasc. 2, 1992, p. 22, et registre paroissial d’Athie à la date du 21 août 1711, naissance de Jeanne CANAT, fille de Jean et de Jeanne CŒURDEROY.

(14) Ibid. (12).

(15) Leurs agneaux.