Les prénoms révolutionnaires

en Bugey et pays de Gex

sous la Révolution (1793-1795)

 


Le calendrier révolutionnaire constitue un des bouleversements opérés par la Révolution. Boule­versement dans l’année qui com­mence le 22 septembre au lieu du 1er janvier ; dans les mois de trente jours qui changent de nom ; dans la division mensuelle, la décade rem­plaçant la semaine (1).

Autre changement profond : les fêtes religieuses, les saints et les saintes disparaissent du calendrier au profit des outils aratoires et d’un monde botanico-géologique dont la place dépend des saisons.

L’état civil s’est ressenti de ces perturbations politico-calendaires. Certains parents ont continué a donner à leurs enfants des pré­noms chrétiens mais aussi répu­blicains ou révolutionnaires ou par­fois les deux.

Le Bugey et le pays de Gex n’ont pas échappé à ces nou­velles règles. Nous examinerons successivement la répartition can­tonale du « nouveau style », l’origine des nouveautés et la socio­logie des parents qui n’ont pas hésité à s’engager dans un do­maine entièrement nouveau.

 

La répartition cantonale

 

Tous  les cantons ne présentent pas de prénoms révolutionnaires : c’est le cas de Brénod, Cham­pagne, Hauteville, Seyssel, Châ­tillon-en-Michaille. Oyonnax n’a pas suivi la mode, mais le registre d’Arbent, tout près, en comporte trois. Par contre, si Nantua est assez bien fourni, Montréal (La Cluse) n’en a aucun sur trente inscrits.

La deuxième remarque con­cerne le nombre de prénoms au chef-lieu de canton et rarement ailleurs. Mornay, chef-lieu en a deux sur sept, mais Izernore qui le remplace plus tard, un sur vingt-six ;

Virieu-le-Grand est réduit à l’unité ; Ferney n’en présente que deux ; Lhuis et Poncin, trois ; Lagnieu, quatre ; Ambérieu, cinq ; Col­longes, sept ; Gex et Nantua, onze. Enfin Belley émerge du lot avec ses quarante prénoms.

Pourtant, ce qui compte, c’est le pourcentage par rapport au total des prénoms enregistrés. A ce sujet, nous avons privilégié l’an 2 qui couvre plus de 90 % du total. C’est pour cette année républicaine qu’ont été calculés les pourcen­tages dont voici le tableau :

— Entre 3 et 5 % : 4 cantons.

— Entre 5 et 10 % : 4 cantons.

— Entre 10 et 20 % : 2 cantons.

— Au-dess. de 20 % : 2 cantons.

Voyons, pour terminer, la répar­tition dans le temps, 1793, an 2, an 3. C’est  évidemment l’an 2 qui l’emporte avec plus de 90 % des cas (2) (dont 37 à Belley). 1793 vient loin derrière avec onze pré­noms, (dont quatre à Nantua et deux à Belley). Seuls deux parents se sont engagés en l’an 3 à Bel­ley (3) et Nantua (4).

Qu’en est-il de la répartition men­suelle ? Tous les mois, sauf vendémiaire, ont répondu « présent ». En voici le tableau :

Vendémiaire

0

 

Germinal

10

 

Brumaire

7

Floréal

10

25

Frimaire

1

 

Prairial

5

 

 

 

 

 

 

 

Nivôse

12

 

Messidor

8

 

Pluviôse

12

35 

Thermidor

8

22

Ventôse

11

 

Fructidor

6

 

Relativement faible en automne (sauf sept en brumaire), le nombre des prénoms républicains a cul­miné en hiver (douze par mois) pour descendre au printemps (si germinal et floréal se maintiennent, prairial accuse une forte baisse) et se stabiliser à vingt-deux (soit 24,4 % en été).

Belley suit à peu près le même rythme. Sa place dans le total représente la moitié en automne et 40 % ensuite.

On signalera enfin que Nantua, Collonges, Gex et Lagnieu ont donné chacune en pluviôse deux prénoms, soit huit sur douze, et que,  en thermidor, Saint-Rambert a fourni la moitié des mentions.

 

(1) Les mois, de trente jours, por­taient les noms suivants choisis par le poète FABRE d’ÉGLANTINE : vendé­miaire, frimaire, brumaire pour l’au­tomne ; nivôse, pluviôse, ventôse pour l’hiver ; germinal floréal, prairial pour le printemps ; messidor, thermidor, fructi­dor pour l’été. Ce qui fait 360 jours.

A la fin de l’année, on ajoutait 5 jours complémentaires et, les années bis­sextiles, 6.

(2) Par exemple, à Bourg, 17 sur 19, à Montluel, 38 sur 38, à Trévoux, 17 sur 21, à Thoissey, 16 sur 16. Nantua fait excep­tion à la règle avec 6 prénoms en 1793, 6 en l’an 2 et 1 en l’an 3.

(3) Une « fille non mariée » qui a appelé son fils Brutus en présence de deux témoins.

(4) Le 10 nivôse, Ascagne Antoine Marie, fils du citoyen LESSARD.

 

Origine des nouveautés

 

On trouve tout d’abord l’Anti­quité, qui fut abondamment utilisée (33 noms, soit un bon tiers).

La légende a donné Numa à Saint-Rambert, sans doute Numa POMPILIUS, deuxième roi légen­daire de Rome, qui aurait régné de 715 à 672 av. J.-C. Le père est homme de loi et a attribué un second prénom à son fils, Hadrien (souvenir de l’empereur romain ?).

La légende intervient encore à Nantua avec le choix d’Ascagne, fils d’ENÉE et de CREUSE. Selon VIRGILE (Enéide), après la prise de Troie, emmené par son père en Italie, il fonda Albe-la-Longue. Il fut considéré comme l’ancêtre de la famille romaine JULIA (CÉSAR).

L’histoire grecque est mise à contribution une fois et peut-être deux. Avec Thaïs, on rencontre la  célèbre courtisane athénienne (IVe siècle av. J.-C.), qui fut la maî­tresse d’ALEXANDRE-LE-GRAND. On peut douter que le cultivateur d’Arbent qui l’a choisie ait connu son histoire. Peut-être fut-il conquis phonétiquement ou bien parce que ce terme faisait antique. On peut aussi penser à l’influence de l’officier d’état civil.

C’est aussi d’Arbent que nous vient Nicétas (5). On ne trouve pas de personnage portant ce nom. Est-il pris pour Nicias ou pour Nicéphore PHOCAS — Nice (Phore Pho) Cas ? — Le doute subsiste.

Par contre, le prénom de Béli­saire désigne, lui, un personnage bien connu. C’était un général byzantin du VIe siècle (494-565). Ce général de JUSTINIEN sauva la monarchie en réprimant la sédition Nika et il devint indispensable. Il remporta de grandes victoires en Afrique, Italie (défense de Rome, prise de Ravennel). Plusieurs fois disgracié, il fut rappelé par l’em­pereur. Mais s’il ne put garder Rome, il sauva Constantinople. Impliqué dans une conspiration, il perdit toutes ses charges. Une légende fameuse a fait de BELI­SAIRE un personnage aveugle et mendiant pour vivre ; mais elle ne présente aucune consistance (7).

Mais c’est l’histoire romaine et surtout la période républicaine qui furent les plus prisées.

On peut classer les prénoms en trois séries.

— D’abord les héros.

En premier lieu Horace, l’un des trois champions qui représentèrent Rome dans le combat contre les CURIACES et qui réussit, par ruse, alors que ses deux frères étaient tués, à vaincre ses adversaires en les affrontant l’un après l’autre (8).

Vient ensuite Mucius SCAEVOLA, héros de la fin du VIe siècle avant J.-C. qui, durant la guerre contre les Étrusques, s’introduisit dans le camp ennemi pour tenter de tuer le chef, PORSENNA. Fait prisonnier, il se laissa brûler la main droite plutôt que de dénoncer ses complices, d’où son surnom (Scaevola, le gaucher). Il figure à Belley sous le nom de Mucius et à Ambérieu et Gex sous celui de Scevola (9).

Le seul prénom féminin est celui de Lucrèce, dame romaine outra­gée par le fils de TARQUIN le SUPERBE et qui se tua de déses­poir, ce qui entraîna la chute de la royauté. On le rencontre à quatre reprises, une fois à Lagnieu, mais trois fois à Belley (an 2) (10).

On peut rapprocher de ce pré­nom celui de la Lucrèce plé­béienne. Virginie était une jeune fille qui excita la passion d’Apius CLAUDIUS, l’un des décem­virs (11). Mais Virginie, fiancée à un tribun de la plèbe, dédaigna ses avances. Pour se venger, celui-ci la fit adjuger comme esclave à un  de ses clients. Alors le père, VIRGINIUS, se saisit d’un couteau sur l’étal d’un boucher et tua sa fille. L’armée se mutina et les décemvirs durent abandonner le pouvoir.

L’agent de la commune de Chazey-Bons qui choisit ce pré- nom connaissait-il ce récit ? C’est peut-être l’officier d’état civil, plus instruit, qui le lui a soufflé.

 

(5) Stratège et homme politique athénien mort à Syracuse en 413 avant J.-C.

(6) Empereur byzantin qui régna de 921 à 969.

(7) Dramaturges, musiciens et pein­tres se sont inspirés de la vie du grand homme... et de sa légende. On citera la tragédie du Rotrou (1643), La Cal­prenède (1659). Les opéras de 1796, musique de PHILIDOR, de 1806 sur une musique de DONIZETTI. Les tableaux représentent Bélisaire demandant l’au­mône, comme ceux de VAN DYCK, DAVID, François GÉRARD. Enfin, une romance de Népomucène LEMERCIER dont la musique de GARAT est cent fois meilleure, connut un vif succès sous le Directoire.

(8) Ce n’est certainement pas au poète HORACE que pense Jean-Bap­tiste THOLLON, cultivateur du Vernay, hameau de Lagnieu, lorsqu’il choisit ce prénom le 15 frimaire an 2.

(9) A Gex, il s’agit d’une fille, Jeanne Camille, dont le père, Jean DUCIMETIER, est citoyen (5 janvier 1793).

(10) On le signalera à Montluel (or­thographié Lucresse) et à Pont-de-Vaux.

(11) Les dix membres du collège chargé, après l’établissement de la République, de la rédaction de la loi des Douze Tables.

 

 

— Hommes politiques et généraux

D’abord CINCINNATUS, que l’on trouve à Belley et curieusement orthographié Saint Cinnatus. Voilà un saint du calendrier républicain ! C’est le type de l’ancien Romain paysan, soldat et homme d’État. On serait venu l’enlever à sa charrue pour le nommer dictateur durant la guerre contre les Vols­ques. Vainqueur, il serait retourné à sa charrue en refusant les honneurs.

Fabius nous vient de Collonges. On le surnomme Cunctator (le temporisateur). Après la défaite du lac Trasimène (217 avant J.-C.), il sut, par sa tactique prudente, arrêter les progrès d’HANNIBAL, mais combattu par le parti popu­laire, il ne put empêcher les consuls de livrer la bataille de Cannes (216 av. J.-C.) où les Romains furent écrasés.

Quant au prénom de Scipion, il existe à Belley et Ferney. Dans cette famille illustre, on rencontre surtout SCIPION l’AFRICAIN, qui vainquit HANNIBAL à Zama. Il mou­rut en exil à Literne après avoir rédigé cette épitaphe « Ingrate patrie tu n’auras pas mes os. »

Scipion ÉMILIEN détruisit Car­thage en 146 av. J.-C. et mourut mystérieusement pendant la dis­cussion des lois agraires propo­sées par les Grecs auxquelles il était opposé. Le Scipion de Ferney (20 pluviôse an 2) était le fils d’un marchand, Anthelme VITTON. Son parrain (12) était Scipion L’HUILIER, commandant du bataillon du dis­trict de Louhans.

Pompée a été choisi par Gex. Le célèbre impérator (107-48 av. J.-C.), après des succès en Afrique et en Espagne, fut victorieux dans la guerre contre MITHRIDATE. Il forma le premier triumvirat avec CÉSAR et CRASSUS, mais entra en conflit avec CÉSAR qui le vainquit à Pharsale en 48 av. J.-C.

Tout le monde connaît la brillante carrière de CÉSAR, dont le prénom a sidéré un cultivateur de Col­longes (le 28 pluviôse an 3), mais également, et plus tôt (en mai 1793), un citoyen de Nantua (13). Mais le prénom le plus utilisé fut celui de Brutus, que l’on découvre à cinq reprises dans le Bugey et Gex : Gex même, en 1793, Col­longes, Lhuis et Saint-Rambert, en l’an 2, Belley, en l’an 3.

C’est un prénom très employé, par exemple six fois à Bourg (14), deux fois à Mirepoix (Ariège) (15). C’est qu’il était cher aux républi­cains parce qu’il évoque d’abord le consul qui n’hésite pas à faire exécuter son fils qui avait conspiré contre la République, mais aussi Marcus Junius BRUTUS, qui entra dans un complot contre CÉSAR, son père adoptif. Lorsque le vain­queur des Gaules l’aperçut au Sénat parmi ses assassins, il cessa de se défendre et s’écria : « Tu quoque fili mi » (Et toi aussi, mon fils).

Curieusement est accolé au premier Brutus le nom de son collègue au consulat, Valérien (ou Valerius PUBLICOLUS) qui a inspiré, le 6 messidor an 2, un cultivateur de Belley.

La période impériale reven­dique quatre prénoms. D’abord Agricola, général romain (40-93), qui conquit la Grande-Bretagne, était le beau-frère de TACITE qui écrivit son éloge funèbre. Un culti­vateur d’Arbent et un sans profes­sion de Belley, Jean-Louis BRILLAT, l’ont choisi.

Un officier municipal de Nantua, Arnaud REYDELLET (janvier 1793), qui connaît bien ses humanités, a préféré César Auguste, titre des empereurs et du premier d’entre eux. Mais deux empereurs ont attiré l’attention de deux pères de famille. Titus d’abord (auquel est adjoint Agricola) à Belley. Cet empereur romain qui régna de 79  à 81 fut très populaire et sur­nommé «  les délices du genre humain ». Decius fut choisi de Pierre Philippe CHARCOT, 41 ans, juge de paix du canton de Virieu-le-Grand.                             

Cet empereur (249-251) déclen­cha la première persécution con­tre les chrétiens. Il devint par la suite le type même de l’empereur persécuteur. Il n’est pas interdit de penser que le père du petit Décius était partisan de la déchristiani­sation, d’autant plus que le second prénom est Albitte, démolisseur des clochers et églises du dépar­tement de l’Ain.

 

— Les grands hommes

Un symbole de lutte contre la tyrannie est incarné par le prénom de Tell, adopté par un chapelier de Nantua, le 16 pluviôse an 2.

On peut ajouter Voltaire, choisi très tôt (5 janvier 1793) par Jean-François CARROZ, architecte à Belley.

Les grandes figures de la Con­vention sont illustrées par les pré­noms de Barras à Belley, en floréal et messidor an 2 (16) — orthogra­phié Barasse. Marat est présent deux fois dans la cité belleysane : pour un garçon de charpentier, en septembre 1793 et, le 18 brumaire an 2, pour une fille, dont le second prénom est Pierrette (17).

(12) On trouve Scipion également à Bourg, Thoissey, Trévoux. Dans cette même ville, le parrain porte ce nom qu’il a ajouté à ses prénoms chrétiens.

(13) Ajoutons deux Burgiens, un jardinier et un marchand en germinal et prairial an 2.

(14) Pour Bourg, on se reportera à notre article « Les prénoms républi­cains à Bourg-Régénéré en 1793-1794 » (Nos Ancêtres et Nous n° 43, juillet 1989, p. 63-64).

(15) Voir notre article « Les prénoms révolutionnaires à Mirepoix (Ariège) et Montluel (Ain) sous la Révolution », in Revue de Comminges, 1er trim. 1993, p. 73 à 85.

(16) Le père, Guillaume FOURNIER, est sans profession. C’est lui qui a choisi également Saint-Just et Saint-Cinnatus.

(17) La « dévotion » envers le per­sonnage se manifeste aussi à Bourg (pluviôse), Pont-de-Vaux (nivôse et ventôse), Trévoux (pluviôse). On sait qu’il fut assassiné par Charlotte COR­DAY le 25 messidor an 1.

 

Toujours à Belley, on remarque Saint-Just, en floréal an 2. Mais on ne trouve nulle part de Robes­pierre.

Louis BOLLET, tailleur d’habits à Belley, a pris Georges François Dampierre (18).

Restent deux choix dont les ori­gines ne sont pas claires (19) et un troisième qu’on ne sait où clas­ser (20).

Nous avons déjà rencontré Albitte (21), qui convenait particu­lièrement au juge de paix de Virieu-le-Grand.

La cité de BRILLAT-SAVARIN se distingue par trois prénoms politi­ques :

La Convention, chez un char­pentier, le 17 ventôse an 2 ;

Montagnarde, pour la fille d’un officier de santé (avec Lucrèce), le 13 ventôse an 2 ;

Sans-Culotte, chez un cordier, le 16 nivôse an 2. On le trouve aussi à Pont-de-Veyle pour le 3e jour Sans-Culottide (19 septembre).

— Les autres choix

Les vertus républicaines sont ho­norées à l’état civil.

Date

Lieu

Profession du père

     —

    —

                      —

Décembre 1792

Lhuis

Maçon

Avril 1793

Nantua

Maçon

Octobre

Mornay (24)

Cultivateur

Nivôse an 2

St-Germain-de-Joux

Cultivateur

Pluviôse

Nantua

Chapelier

Germinal

Gex

Substitut agent national

Prairial

Mornay

Cultivateur

Fructidor

Poncin

Cultivateur

Sans date

Gex

Cultivateur (25)

 

Les prénoms issus du calendrier républicain

            

Les parents ont, plus ou moins souvent, utilisé le calendrier officiel. Il y a des différences entre les communes. Mais il y a aussi des différences dans le choix lui-même. Certains sont allés chercher leur modèle plus ou moins loin.

A Lagnieu, la Fraisine, du 11 ni­vôse, se rapporte à Fraisier, du 11 prairial.

A Poncin, le Sorgho, du 25 ther­midor, fut choisi un mois plus tard, soit le 24 fructidor.

On peut également utiliser un prénom calendaire proche : le Mouron du 18 ventôse a été em­ployé le lendemain (Poncin).

Mais, la plupart du temps, c’est le prénom du jour qui fut pris.

La Tulipe, du 4 germinal à Saint-Rambert.

L’Oignon, du 3 messidor à Belley.

Une Justice, à Collonges, les 18 et 21 fructidor an 2 (influence de l’officier d’état civil).

Une Liberté, que l’on trouve deux fois, encore à Collonges (nivôse et germinal) et deux fois également à Belley (nivôse et prairial) (22).

Enfin, l’Egalité apparaît à quatre reprises : deux fois à Nantua (pères commerçant et perruquier), trois fois à Belley, le 18 brumaire pour un garçon prénommé également Antoine, et chez deux cultivateurs en ventôse et messidor (23).

Le calendrier proprement dit donnera deux termes : deux Dé­cadi, le 20 pluviôse an 2 à Lagnieu et le 30 prairial à Saint-Rambert.

Deux Brumairiennes à Saint-Rambert encore les 22 et 26 bru­maire an 2. On les remarque chez un marchand (avec Adrienne) et un galochier (avec Marie-Fran­çoise).

— Les événements fournissent deux occasions : Huningue, à Bel­ley le 23 brumaire an 2, en souvenir de la victoire française. Mais c’est Victoire qui fut la plus pillée, sauf à Belley.

Le Houblon, du 23 fructidor à Lhuis.

Quelle est l’importance des pré­noms calendaires ? Elle est va­riable : 6 sur 11 à Gex, 16 sur 40 à Belley (dont deux Tulipe et deux Grenade), 1 sur 3 à Mornay, 2 sur 11 seulement à Nantua. Aucun à Collonges. Par contre 2 sur 3 à Poncin, 3 sur 5 à Ambérieu, la moitié à Ferney et Lagnieu.

Il semble donc que les cités les plus importantes ont plutôt choisi des prénoms tirés de l’Antiquité et de l’époque révolutionnaire (26).

Voyons maintenant la nature des appellations. On peut les classer sous quatre rubriques.

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(18) Il pourrait s’agir d’Auguste Henri Marie PICOT, marquis de DAMPIERRE. Participe à Valmy comme colonel. Il est le principal artisan, par son audace, de la victoire de Jemmapes. Blessé mortellement en avril 1793, il expire à Valenciennes. La Convention lui ac­corde les honneurs du Panthéon. COUTHON veut en faire sortir cet « aris­tocrate », mais DANTON obtient l’ajour­nement de la décision.

(19) Il s’agit de Sarret (Ferney, le 2 floréal an 2). Peut-être faut-il com­prendre l’Asaret, petite herbe vivace croissant dans les bois humides. Ses fleurs, d’un pourpre foncé, sont soli­taires et portées par un court pé­doncule. Le second est Simonneau (Belley, le 20 brumaire an 2). Peut-être est-ce le maire d’Étampes, qui refusa d’appliquer la taxation sur le marché de la ville. Il fut massacré par les habitants le 3 mars 1792. L’Assemblée législative lui rendit hommage. Le citoyen François BARQUEL, qui l’a choisi, a-t-il voulu protester contre les excès du maximum en brumaire an 2 ? Encore une hypothèse...

(20) C’est Locadi, à Nantua (21 plu­viôse an 2). Le suffixe di désigne le jour (le 21 pluviôse est un primidi). En ce premier jour de la semaine, la plante correspondante sur le calendrier est le Thlaspi. C’est tout ce que l’on peut avancer. Le mystère reste entier.

(21) Mais un officier pensionné à Bourg fit choix, lui, de Boisset (1748-1813), dont l’action dans l’Ain, comme représentant en mission, fut beaucoup plus modérée (30 thermidor an 2).

(22) On a choisi ce prénom une fois à Pont-de-Vaux et à Chalamont, trois fois à Trévoux (la première en avril 1793).

A ce sujet, un épisode assez curieux à Mirepoix (Ariège). Le 20 mars 1793, Etienne ROUGET, juge de paix, assisté de son greffier, Arnaud GERSON, et de Jacques ALIBERT, serrurier et officier municipal, rapportèrent que l’on avait trouvé un nouveau-né exposé devant la porte de l’hôpital. C’était une fille « enveloppée dans un trousseau de laine blanche neuve entourée d’une lizière de drap noir ». L’enfant fut dé­posée entre 3 et 4 heures du matin. On frappa plusieurs fois à la porte. La garde se leva mais quand elle ouvrit, il n’y avait personne. Un billet épinglé au trousseau indiquait les prénoms de Jeanne Liberté. Ainsi fut fait.

(23) Evidemment, on le signalera en Bresse (Pont-de-Veyle), dans le Rever­mont (Coligny) et deux fois à Trévoux dont le 1er pluviôse, chez un membre du Comité révolutionnaire « cy-devant ouvrier en soie », J.-B. GAY. Celui-ci assisté de Jean COLLET dit CAPITAN, marchand toilier, qui avait donné le même prénom à son fils le 22 avril 1793. Il fut le parrain.

(24) Chef-lieu de canton de 1800 à 1826. Remplacé par Izernore en 1827.

(25) Un certain nombre de batailles peuvent justifier ce prénom : Valmy, 22 septembre 1792 ; invasion de la Hol­lande par DUMOURIEZ, 17 février 1793 ; Hondschootte, 8 septembre 1793 ; prise de Lyon par les troupes de la Conven­tion, 18 vendémiaire an 2 ; victoire de KLEBER et MARCEAU sur les Vendéens à Cholet, 26 vendémiaire an 2 ; Fleurus, 8 messidor an 2...

(26) Cette remarque se vérifie à Bourg où les prénoms calendaires ne représentent que 20 %, contre 40 % à Belley (cf. article cité note 14).

— Les fleurs d’abord

Primevère, à Nantua en germi­nal (receveur du district).

Pivoine, à Saint-Rambert en prairial (cultivateur).

Tulipe, trois fois, dont deux à Belley (27), une à Saint-Rambert, le 4 germinal (28).

Œillet, à Belley en prairial (culti­vateur).

Mais aussi Renoncule, deux fois à Belley, le 2 ventôse et le 1er ger­minal.

La Fleur (29), toujours dans la même cité, le 12 pluviôse (père peigneur de chanvre), et Floralie, le 13 floréal à Gex.

— Les arbres

Peu nombreux mais bien per­sonnalisés puisqu’on trouve un arbre fruitier, le Poirier, un feuillu, le Frêne, mais aussi le Laurier qui peut servir à honorer, à orner et en cuisine, Laurier-Thym (30).

— L’alimentation

Rappelée à six reprises par une légumineuse, la Lentille (Saint-Ram­bert, 23 thermidor, ce qui corres­pond au calendrier), l’Oignon (à Belley, 3 thermidor), qui peut servir à accommoder les mets. Le Seigle (à Belley) représente les céréales. Le Sorgho (Poncin) est une gra­minée alimentaire invoquée chez le greffier de la justice de paix le 25 thermidor an 2. Suivent le Colza, à Belley (31) et le Houblon, à Lhuis chez un cabaretier qui doit peut-être vendre beaucoup de bière !

— Les plantes

C’est un véritable jardin que l’on peut diviser en trois carrés : la Bétoine (à Tenay), dont une es­pèce, la bétoine officinale, est commune dans nos climats car on l’employait en médecine à cause de ses propriétés sternutatoires ; la Bruyère (4  nivôse), chez un culti­vateur d’Ambérieu ; le Romarin, plante aromatique dont les petits arbris­seaux ont fait les délices d’un préposé aux convois militaires de Nantua (32), en brumaire an 2, mais aussi de deux Belleysans. On ren­contre ce Romarin à six reprises dans le district de Beaune (33). La Bruyère et le Mouron se rencontrent à Ambérieu et Poncin.

Autre plantes : deux pour leur parfum, Basilic (à Saint-Rambert) et Jasmin (à Ambérieu et Belley). Enfin le Thym, petit arbrisseau aroma­tique à fleurs dotées de propriétés stimulantes (à Gex), et la Myrte, plante d’odeur agréable consa­crée à Vénus chez les Romains et qui était, chez les Grecs, l’em­blème de la gloire (35).

Quatre prénoms ne sont pas empruntés au vocabulaire bota­nique :

Coq, à Belley, chez un char­pentier rue de la Convention (6 germinal). Aucun prénom chré­tien n’accompagne le Chante­cler !  Gageons que, plus tard, le jeune homme se débarrassera de ce cadeau encombrant et de­mandera à s’appeler Joseph, Denis ou Anthelme...

Lièvre, à Gex, le 26 ventôse.

Houlette, à Saint-Rambert. Le père, huissier, a strictement recopié la mention calendaire et, comme le jour était une décade, on a ajouté un second prénom à celui de Rosine.

Enfin Moulin, donné à son fils par un cultivateur de Saint-Rambert le 30 thermidor. On trouve un Moulin également à Bourg.

 

La cohabitation des prénoms

 

Seule la commune de Gex com­porte davantage de prénoms chrétiens que de révolutionnaires (treize contre onze).

A Nantua, c’est l’équivalence. Pour treize documents, treize à treize.

Mais partout ailleurs, la Révo­lution l’emporte dans ces choix : trois contre deux à Lhuis ; un contre zéro à Izernore, Saint-Germain-de-Joux et Tenay ; deux à zéro à Virieu-le-Grand (Décius et Albitte) pour un seul nouveau-né à  Ferney ; treize contre dix à Saint-Rambert et cinq à trois à Ambérieu. A Collonges, pour sept actes, on trouve neuf prénoms républicains et... deux chrétiens.

L’exemple de Belley mérite que l’on s’y arrête. Sur quarante actes, on dénombre quarante-cinq pré­noms « nouveau style », soit 112,5 %, mais seulement dix « ancien style », soit 25 %.

C’est également la cité belley­sane qui offre le seul document des trois prénoms. Le père, sans profession, a choisi Baras Saint-Just Saint-Cinnatus.

——————

(27) Dont le 18 floréal, pour la fille posthume de Pierre BONVAL.

(28) Second prénom de la fille d’un huissier de quarante-quatre ans, Co­quète. Le 4 germinal est consacré à la Tulipe et le 5 à... la Poule. Ce serait l’onomatopée qui l’aurait emporté !

(29) On trouve Fleurette à Mirepoix, chez Jean CLANET, jardinier chez la citoyenne MONTFAUCON.

(30) Le Laurier est adopté deux fois à Gex, une à Thoissey, trois à Montluel. Quant à Laurier-Thym (cuisine), il existe à Gex ; il est vrai que le père est aubergiste.

(31) On le retrouve également à Thoissey pour deux jumeaux : le gar­çon hérite du Colza et la fille de l’Amande. Le père, officier public, a ajouté à son prénom celui de Frêne (1er thermidor).

(32) On le voit deux fois à Montluel et deux fois à Trévoux, par exemple chez un membre du tribunal révolutionnaire qui a choisi comme deuxième prénom Bouton d’Or.

(33) Nos Ancêtres et Nous  n° 55, 1992, p. 24 à 28, par H.-A. PETIT.

(34) Le mouron est une petite plante à fleurs rouges et bleues, commune dans les cultures et les chemins, mais toxique pour les animaux. Le mouron pour oiseaux est à fleurs blanches.

(35) Signalons un prénom curieux à Poncin (4 nivôse an 2), Jean Simon DELAIGNE et son épouse Anne PERRIN donnèrent à leur fille le prénom de Délaissée.

A quatre reprises, on y relève deux prénoms (36).

Nivôse, Ciriac Sans-Culotte (un père cordier).

Ventôse, Lucrèce Montagnarde (père officier de santé).

Germinal, Lucrèce Concorde (père cy-devant officier des mili­ces)  (37).

Messidor, Titus Agricola (père Jean-Louis BRILLAT, sans profes­sion).

Un seul prénom, Ciriac, est em­prunté au calendrier. Pour les autres, l’Antiquité en fournit quatre et les symboles révolutionnaires trois.

 

Sociologie des pères

 

Un dernier problème reste à élucider. Quelle est la profession de ceux qui se sont engagés en donnant à leurs enfants ces pré­noms nouveaux ? On peut les diviser en trois groupes.

— La terre

Elle en présente vingt-huit, soit 27,5 %. Deux journaliers, l’un à Bel­ley (38), l’autre à Gex.

Mais ce sont surtout les culti­vateurs qui ont pris parti et cela dans presque toutes les com­munes (sauf Ferney, Gex (39) et Nantua). Belley présente dix culti­vateurs sur quarante, soit 25 % (40). A Ambérieu, il y en a deux sur six ; à Poncin, deux sur trois. A Izernore, Saint-Germain-de-Joux et Tenay, seul un cultivateur s’est lancé.

— Le monde du travail

On y compte trente et un noms, soit un peu plus de 30 %, et il est plus diversifié.

D’abord les vingt-trois artisans. Ceux de Belley sont déjà une dizaine. Dominent habillement et chaussures, dont un galochier, un tisserand, un chapelier (41). Trois charpentiers, dont un habite rue de la Convention. Citons également un cordier. Enfin les services sont représentés par un perruquier (42).

Restent treize pères de famille pour les autres communes. C’est Nantua (bâtiment deux, chapelier, perruquier « résident ») et Saint-Rambert, où quatre corps de mé­tier sont représentés (43), qui s’im­posent.

A Lagnieu, les trois artisans (tailleur, galochier encore et ser­rurier) fournissent les trois quarts de l’effectif. Ambérieu et Lhuis n’ont qu’un seul nom à offrir.

Le pays de Gex n’a trouvé qu’un volontaire, à Gex (44), mais aucun à Ferney et à Collonges.

Six commerçants ont opté pour un prénom révolutionnaire, mais pas à Belley. L’un est cabaretier à Lhuis, un autre aubergiste à Gex. Nantua en a deux, dont un pré­posé aux convois militaires.

Enfin deux ouvriers ont la portion congrue, à Gex et à Belley, dont un peigneur de chanvre, qui a donné à sa fille le doux prénom de la Fleur.

— Les gens éclairés

Il faut insister sur ce groupe, avec en premier lieu neuf hommes de loi. Ce sont certainement de véri­tables « républicains » partisans des idées nouvelles.

Un homme de loi, sans autre précision, à Saint-Rambert, qui fait équipe avec deux huissiers et un greffier de la justice de paix. Trois officiers municipaux, deux à Gex et  un à Belley, qui est le parent pauvre de la catégorie.

Les « citoyens » sont huit. Ce sont, sans doute, des propriétaires. On en relève trois (sur onze) à Nan­tua (45), deux sur six à Ambérieu, mais seulement deux à Belley. Ils sont pratiquement absents en pays de Gex.

Quant aux sept « sans profes­sion », on peut les ranger dans le même groupe. A lui seul, Belley, en propose cinq (71 %). Collonges complète le total.

Trois médecins se sont distin­gués, un à Ambérieu et deux dans la cité belleysane, un officier de santé, Anthelme DELABRAS, et le direc­teur de l’hôpital, Claude TRAVAIL, « ouvrier de santé », pour Lucrèce Montagnarde (13 ven­tôse).

On terminera par les trois fonc­tionnaires, qui ont affirmé leurs sentiments républicains par l’inter­médiaire de leur progéniture. On ne sera pas surpris d’en compter deux à Belley, l’administrateur du directoire du district, Mathieu CHA­VANON, pour Colza (11 pluviôse), et le secrétaire général du dis­trict,  André VUILLET-DURAND, pour Frêne ; le troisième est receveur du district à Nantua, Jacques MOLI­NARD (Camille Primevère).

— Les divers

Ils comptabilisent treize noms de nouveaux-nés.

Trois militaires, dont deux Ges­siens, un sergent et un garde-magasin de l’armée, donc deux hoommes de rang modeste ; l’autre, Jean-Marie GARIN, ancien officier des milices, demeure à Belley.

Ajoutons, toujours à Belley (qui présente l’éventail le plus riche des professions), un architecte, Jean-François CARROZ, dont la décision a été prise très tôt puisque son Louis Voltaire fut déclaré le 5 jan­vier 1793.

Sept pères de famille n’ont pas déclaré leur profession, dont deux à Belley, mais quatre à Gex.

Enfin, il faut faire un sort à deux femmes : la première, Etiennette MIROY, veuve de Pierre BONVAL « mort au service de la Répu­blique ». Elle a appelé sa fille la Tulipe (à Belley le 15 floréal an 2).

L’autre est aussi une Belleysane, mère célibataire, mais du 11 plu­viôse an 3. Cette Jacqueline BER­NARD, « fille non mariée », a eu un fils qu’elle appela Brutus. C’est le nom de ce personnage célèbre qui clôt la longue liste des prénoms révolutionnaires en Bugey et pays de Gex sous la Révolution.

 

Liste des prénoms choisis

 

Agricola, 2 (B)

Albitte,1 (B)

Ascagne, 1 (B)

Basilic, 1 (B)

Barras, 2 (B)

———————

(36) Il faut croire que les habitants de Mirepoix étaient plus engagés, puis­qu’on trouve (pour quarante actes) quatre exemples de trois prénoms : Brutus Noisette Groseille en messidor an 2 (père marchand droguiste) ; Fer Lin Betterave en thermidor (père sans profession) ; Cire Potiron Tubéreuse (ces prénoms seront changés en pré­noms chrétiens le 8 janvier 1814 par jugement du tribunal d’instance de Pa­miers) ; Argile Mélisse Tubéreuse en fructidor.

(37) Autres exemples de communes à deux prénoms : Lagnieu, Horace Républicain ; Collonges, Ventôse Bru­tus ; Nantua, César Auguste, etc.

(38) Martin VUILLET, pour Renoncule, le 1er germinal an 2.

(39) Mais Collonges compte quatre cultivateurs sur sept pères « républi­cains ».

(40) Deux exemples : Jasmin, fils de Jean-Baptiste ANGELIEU, le 24 nivôse ; Egalité, fils ou fille d’Albert ROSSET, le 27 messidor an 2.

(41) Laurent PONSARD, qui a choisi les prénoms de Charles Ognon le 3 messidor an 2.

(42) Georges DUPONT, pour Bar­rasse, le 4 messidor an 2.

(43) Meunier, tisserands, maçon et galochier.

(44) Le 22 thermidor, Claude François FORESTIER, maréchal à Mijoux (Pierre Laurier).

Bélisaire, 1 (B)

Bétoine, 1 (B)

Brumairienne, 2 (B)

Brutus, 5 (B 3, G 2)

Bruyère, 1 (B)

César, 2 (B et G)

César Auguste, 1 (B)

Cincinnatus, 1 (B)

Ciriac, 1 (B)

Colza, 1 (B)

Concorde, 1 (B)

Convention, 1 (B)

Coq, 1 (B)

Décadi, 2 (B)

Décius, 1 (B)

Délaissée, 1 (B)

Egalité, 4 (B)

Fabius, 1 (G)

Fleur, 1 (B)

Floralie, 1 (G)

Fraisine, 1 (B)

Frêne, 1 (B)

Grenade, 3 (B)

Horace, 1 (B)

Houblon, 1 (B)

Houlette, 1 (B)

Huningue, 1 (B)

Jasmin, 2 (B)

Justice, 2 (G)

Laurier, 2 (G)

Laurier-Thym, 2 (G)

Lentille, 1 (B)

Liberté, 4 B é, G 2)

Lièvre, 1 (G)

Locadi, 1 (B)

Lucrèce, 4 (B)

Marat, 2 (B)

Montagnarde, 1 (B)

Moulin, 1 (B)

Mucius, 1 (B)

Mucius Servola, 1 (B)

Myrte, 1 (B)

Nicétas, 1 (B)

Numa, 1 (B)

Œillet, 1 (B)

Ognon, 1 (B)

Orcunète, 1 (B)

Pivoine, 1 (B)

Poirier, 1 (B)

Pompée, 1 (B)

Primevère, 1 (B)

Publicolus, 1 (B)

Renoncule, 2 (B)

Républicain, 1 (B)

Romarin, 3 (B)

Saint-Just, 1 (B)

Sans-Culotte, 1 (B)

Sarret, 1 (G)

Scipion, 2 (B et G)

Scévola, 2 (B et G)

Seigle, 1 (B)

Simonneau, 1 (B)

Sorgho, 1 (B)

Thaïs, 1 (B)

Thlaspi, 1 (G)

Thym, 1 (G)

Titus, 1 (B)

Tulipe, 3 (B)

Valérien, 1 (B)

Victoire, 9 (B 8, G 1)

Virginius, 1 (B)

Voltaire, 1 (B)

 

(B)  = Bugey

(G) = Pays de Gex